Le milieu communautaire lance un cri du cœur à Bernard Drainville

(Québec) Les organismes communautaires qui viennent en aide aux élèves vulnérables ou ayant des difficultés d’apprentissage lancent un cri du cœur à Bernard Drainville. La fin du financement octroyé par le plan de rattrapage l’hiver dernier met non seulement en péril la bonification de centaines de projets, mais il risque aussi de déstabiliser un réseau scolaire déjà affaibli par la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. 
 

Article d’Hugo Pilon Larose disponible sur La Presse

Ce qu’il faut savoir

  • La fin du plan de rattrapage, qui a octroyé un financement additionnel de 42 millions de dollars aux organismes qui organisent des projets pour la réussite éducative, suscite de vives inquiétudes, la demande excédant l’offre.
  • Des regroupements d’organismes interpellent le ministre de l’Éducation pour qu’il pérennise une partie du financement prévu au plan de rattrapage.
  • Selon eux, le renouvellement d’une somme évaluée entre 20 et 25 millions permettrait d’assurer le maintien d’une majorité d’activités au-delà du 31 décembre prochain.

En entrevue avec La Presse, la directrice générale du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage (ROCLD), Mélanie Marsolais, le directeur général du Regroupement des maisons des jeunes du Québec (RMJQ), Nicholas Legault, ainsi que le directeur général de la Fédération québécoise des organismes communautaires famille (FQOCF), Alex Gauthier, mettent pour la première fois un chiffre sur la table. En reconduisant un montant se situant entre 20 et 25 millions de l’enveloppe initiale de 42 millions, débloquée en urgence l’hiver dernier à la fin de la grève des enseignants, les programmes communautaires qui en ont bénéficié (et qui ne répondent déjà pas entièrement à la demande) pourraient être pérennisés.

Alors qu’ils n’ont toujours pas obtenu une rencontre pourtant réclamée auprès du ministre de l’Éducation, ces regroupements d’organismes pressent M. Drainville de ne pas les laisser tomber.

« On est comme la cour arrière du [gouvernement], où les institutions publiques vont lorsqu’elles ne peuvent plus répondre à la demande. »
 Mélanie Marsolais, directrice générale du ROCLD

« C’est vers nous qu’elles se tournent. L’école ne peut pas faire face à tous les problèmes sociaux à elle seule, et on ne peut pas se permettre de ne pas utiliser les ressources communautaires [déjà mobilisées] pour que les jeunes et leurs familles puissent surmonter leurs difficultés », plaide Mélanie Marsolais.

« Avec la pénurie de personnel dans les écoles, les jeunes en ressentent l’effet directement et l’impact se fait sentir sur leur parcours scolaire. Si les projets et l’accompagnement professionnel que nous faisons [sont réduits], je suis désolé, mais on s’en va vers un mur encore une fois », ajoute Nicholas Legault.

 

Aide aux devoirs compromise
À quelques minutes de voiture du bureau de circonscription du ministre Drainville, la directrice générale de la Maison de la Famille Rive-Sud à Lévis, Sylvianne Poirier, craint que ses services d’aide aux devoirs soient réduits dès l’an prochain, au terme du financement additionnel qui lui a été octroyé grâce au plan de rattrapage. L’organisme, implanté dans un ancien presbytère, accueille chaque semaine des enfants des écoles primaires avoisinantes. Malgré les récentes bonifications des services offerts, le nombre d’élèves qui pourraient s’y présenter dépasse l’offre qui est à ce jour financée par Québec.

La directrice générale de la Maison de la Famille Rive-Sud à Lévis, Sylvianne Poirier.
« Le plan de rattrapage, c’est merveilleux, mais cet argent-là, ça fait des années qu’on aurait dû l’avoir. Les sommes qu’on reçoit ne réussissent pas à couvrir tous les besoins », indique-t-elle.

« Ce qui est triste, c’est qu’au 31 décembre, quand le financement [additionnel prendra fin], les besoins seront encore là. »
 Sylvianne Poirier, directrice générale de la Maison de la Famille Rive-Sud
« Nous, on va devoir couper le nombre de soirées [d’aide aux devoirs] que l’on offre », déplore-t-elle.

De l’autre côté du fleuve, à Québec, dans un local nouvellement aménagé pour stimuler le sentiment d’appartenance des élèves qui fréquentent l’école secondaire Samuel-De Champlain, située dans l’arrondissement de Beauport, l’organisme Centre Solidarité Jeunesse (qui pilote l’initiative) s’inquiète pour l’avenir du projet.

« Notre programme existe depuis plus de 20 ans. Nous étions déjà présents dans quatre écoles du centre-ville de Québec, rejoignant entre 400 et 500 jeunes par année, et le plan de rattrapage nous a permis d’ouvrir deux autres milieux, un [à Champlain] et l’autre dans un centre de formation aux adultes. [Or], le fait que le financement ne soit pas reconduit met en péril la poursuite de nos activités dans ces nouveaux milieux-là. Combler le [manque de financement] nous demanderait autrement beaucoup d’énergie », explique la co-coordonnatrice de l’organisme, Maud Tremblay.

Chaque jour à l’école, l’intervenante Alyssia Poulin, une diplômée en techniques d’intervention en délinquance du cégep Garneau, accueille des élèves qui viennent discuter avec elle et participer aux activités du midi qu’elle organise. La nature des projets qu’elle met en place est variée, car le but est d’offrir des services qui répondent aux besoins des jeunes, à leurs passions et à leurs envies, pour que le local devienne pour eux une deuxième maison.

« Ça leur permet de savoir qu’il y a toujours quelqu’un qui est là pour les motiver, pour les écouter, et qu’ils ont un local où ils peuvent être eux-mêmes. »
 Alyssia Poulin, intervenante du Centre Solidarité Jeunesse

Ces exemples de projets qui ont été bonifiés par le plan de rattrapage illustrent ce qu’Alex Gauthier de la FQOCF, Nicholas Legault du RMJQ et Mélanie Marsolais du ROCLD veulent protéger en pérennisant une partie du financement qui a été octroyé.

« Il faut qu’on rétrécisse les mailles du filet social qui existe, parce que plus ça va, plus la demande est énorme. Le réseau de l’éducation est souffrant au Québec et c’est inquiétant, en tant que parent, de regarder ça. [Le refinancement du plan de rattrapage] est nécessaire pour maintenir le système scolaire qui est chambranlant. Si ta fondation n’est pas solide, c’est difficile de bâtir dessus », conclut M. Gauthier.