Il est grand temps d’en faire plus pour nos ados

Lettre ouverte de Nicholas Legault, directeur général du RMJQ, publiée dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec.

Montréal, le 11 mai 2022 – Une maison, c’est un lieu réconfortant où on se sent écouté et où on peut s’épanouir avec des personnes de confiance. Une maison, c’est un endroit pour apprendre à devenir des adultes critiques et responsables. Une maison, c’est un environnement stimulant, accueillant et chaleureux. Les maisons des jeunes (MDJ), ce sont les secondes maisons de nos ados, et, après plus de 45 ans, il est grand temps qu’elles soient considérées comme telles.

Quelques semaines après le dépôt du budget provincial 2022 et à la suite de l’étude des crédits budgétaires de la semaine dernière, la déception est toujours vive chez les 217 maisons des jeunes représentées par le Regroupement des maisons des jeunes du Québec (RMJQ). Bien que présentés comme étant historiques pour l’ensemble des organismes communautaires, les investissements prévus pour les maisons des jeunes sont loin de pouvoir être qualifiés comme tels lorsqu’analysés en profondeur. 

Ainsi, les MDJ pourraient bénéficier d’une maigre somme, pouvant représenter une moyenne de 12 000 $ par maison, provenant de l’enveloppe de 37,1M$ qui s’adresse aux 3 000 groupes communautaires via le programme de financement du ministère de la Santé et des Services sociaux. Or, seulement pour les MDJ membres du regroupement, il faudrait 68 M$ en 2022-2023 pour leur fonctionnement de base. Le financement annoncé est donc très loin des besoins criants du terrain et maintiendra nos MDJ dans la situation critique dans laquelle elles se trouvent et qui s’aggrave année après année.

Les MDJ souffrent de sous-financement depuis trop longtemps et la pandémie n’a fait qu’exacerber la situation. Comme toutes organisations, elles font face aux enjeux de pénurie de main-d’œuvre et de rétention des employé.es. Les équipes sont à bout de souffle et les conséquences des subventions insuffisantes sont majeures et se font ressentir au quotidien.

Dans la dernière année, plus de 45 % des MDJ ont dû fermer temporairement leurs portes ou réduire leurs heures d’ouverture par manque de personnel. De plus, le taux de roulement était de 37 % en 2021 alors que la moyenne québécoise est de 26 %. Dans ce contexte, il est plus important que jamais d’offrir des salaires et des conditions avantageuses, ce qui est impossible avec les subventions prévues au budget.

Ce sont nos ados qui en paient le prix

Finalement, ce manque de financement affecte directement les ados qui ne peuvent avoir accès aux meilleurs services. Comment peut-on développer et maintenir un lien significatif avec les jeunes alors que le taux de roulement du personnel est extrêmement élevé?  Comment les accompagner et répondre à leurs besoins sans le soutien de professionnel.les qualifié.es? Comment leur transmettre le sens des responsabilités et les introduire à la démocratie alors que les heures d’ouverture sont réduites? Voilà de bonnes questions auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement.

De plus, les besoins des jeunes sont grandissants et la crise sanitaire a durement touché les 12-17 ans : problèmes de santé mentale, inactivité, isolement, violence, etc. La bonne nouvelle, c’est que les MDJ représentent un élément clef de la solution. Présentes partout au Québec, elles sont souvent les seuls organismes dédiés aux jeunes dans leur communauté. Le rôle de prévention, de sensibilisation et d’éducation populaire qu’elles jouent dans la société québécoise est essentiel et plus que jamais nécessaire.

Collectivement, pour notre avenir, on se doit d’offrir aux ados tous les outils et toute l’aide possible pour qu’ils se développent à la hauteur de leur plein potentiel. Alors que la campagne électorale se dessine à l’horizon, nous demandons formellement aux partis politiques québécois, qui ont à cœur l’avenir de nos jeunes, de passer de la parole aux actes et de mettre réellement les ados au haut de leur liste de priorités.

Comme toutes les maisons, les nôtres ont besoin d’amour pour garder leurs portes ouvertes. Et si, aujourd’hui, ce sont les ados qui en bénéficient, demain, c’est tout le Québec qui en sortira gagnant.

Nicholas Legault, directeur général
Regroupement des maisons des jeunes du Québec

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